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Haroutune Svadjian, publiciste et auteur
satirique, est une des figures les plus saillantes de la culture
de l'Arménie occidentale du XIXe siècle. Svadjian est né le 11 octobre
1831 dans le quartier Khas-Gugh de Constantinople. Issu d'une famille
pauvre, il passe les premières années de sa vie dans les couches
sociales défavorisées, mais par un heureux hasard il sera formé
dans un des milieux les plus raffinés de Constantinople: la maison
de Yazcdji Boghos Agha, père de Krikor Odian. Svadjian compte parmi
ses maîtres Kh. Missaguian et Kh. Bardizbanian, personnalités eu
vue de l'époque. La carrière littéraire de Svadjian débute en 1865,
avec la publication du périodique "Méghou" ("Abeille") dont il fut
le fondateur. "Méghou" était le premier périodique satirique arménien
qui par son orientation et ses objectifs devait occuper une place
à part dans la presse arménienne.
S'engageant sur la voie difficile du journalisme et assumant toutes
les responsabilités de son état, Svadjian, avec ses articles polémiques,
ses feuilletons politiques et ses pamphlets, déclara une guerre
sans merci à l'injustice sociale, l'exploitation, l'hypocrisie,
l'arbitraire des nantis, le clan des amiras, des effendis la caste
des dignitaires de l'Eglise...
La parution de "Méghou" coïncida avec les années d'effervescence
de la vie publique des Arméniens occidentaux et la déclaration de
la Constitution nationale (1860). Svadjian était au premier rang
des partisans de la Constitution. Il avait pris position contre
la Turquie des Sultans, pour la déclaration de la Constitution et
la libération du peuple arménien.
L'unique moyen de secouer le joug étranger et de s'affranchir des
exploiteurs résidait dans le rassemblement et l'union sous le noble
idéal du patriotisme.
La Constitution ne justifia pas les espoirs du peuple. Nonobstant
l'Assemblée nationale et ses objectifs, Svadjian, fidèle à son credo,
déclarait: "L'Abeille fait son miel malgré et contre tous". Au début
de la publication de "Méghou", dans les années 1856-1860, Svadjian
s'était assuré la collaboration de K. Odian, qui envoyait des lettres
sans signature, consacrées à la vie nationale et, en particulier,
à la Constitution nationale.
A partir de 1860, avec la collaboration de M. Nalbandian, commence
une nouvelle période de "Méghou". Dans le numéro du 17 octobre 1870
de cette deuxième période, on rencontre pour la première fois le
pseudonyme "Kam" sous lequel se masquait le génial humoriste H.
Baronian. Avec la collaboration de H. Baronian, la satire de "Méghou"
connut un nouvel essor. Bien que ce genre littéraire fût l'arme
du combat social de Svadjian, celui-ci n'atteignit pas la perfection
artistique à laquelle parvint son disciple et continuateur H. Baronian.
Le "Méghou" de Svadjian poursuivit son existence de 1856 à 1872,
sans jamais déserter, durant ce court espace de temps, son poste
de combat, sans céder face aux courants dominant de l'époque. "Méghou"
s'élevait vaillamment et fermement contre la tyrannie, l'exploitation
ainsi que l'obscurantisme religieux. Svadjian n'était pas athéiste.
Tout ce qu'il exigeait des gens d'Eglise était qu'ils se trouvassent
sur leur hauteur et ne missent pas à profit leur vocation religieuse.
Mais il était un danger bien plus sérieux: l'hétérodoxie propagée
par les envoyés du pape de Rome.
Les contradictions de principe opposant Svadjian à l'évéque Khoren
Nar-Bey concernaient non seulement les idées sociales mais encore
les conceptions littéraires. Pour Svadjian, le réalisme était le
principaî critère d'appréciation en littérature. Il revint sur ce
problème en 1862, dans son article critique consacré à la comédie
"Alafranga" de Nar-Bey.
La discussion entamée se poursuivit dans un certain nombre de numéros
du journal. Svadjian a fait le portrait de Nar-Bey en stigmatisant
et raillant sa prétention.
La palette créatrice de Svadjian était très riche. Sa plume évoque
le riche vaniteux, le joueur, les adeptes de Bacchus, les instituteurs
ignorants, les hommes publics vains et hâbleurs, les snobs de tout
acabit. Toute cette galerie de portraits littéraires est appuyée,
dans les pages de "Méghou", par des caricatures spirituelles. Le
talent de Svadjian avait plusieurs aspects. Poète, il a écrit l'hymne
dédié à la Constitution nationale chanté chaque année par le peuple
lors de l'anniversaire de la Constitution.
Les contemporains parlaient avec vénération du charme et de l'attrait
humains de Svadjian.
Svadjian ne put échapper au sort pénible de la plupart des intellectuels
arméniens du passé. Le 28 avril 1874, à l'âge de 38 ans, il disparut,
emporté par une longue maladie oui l'avait cloué au lit des mois
durant.
Le temps ne put entamer les mérites de Svadjian, bien au contraire,
les générations ultérieures leur donnèrent une haute appréciation.
Aujourd'hui encore, c'est avec le plus profond sentiment de fierté
et de reconnaissance que nous célébrons sa mémoire et celle du périodique
"Méghou".
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